Pensées citoyennes

Vite ! Ralentissons !

La notion de croissance désigne, en économie, l’augmentation de la production de biens et de services au sein d’une période donnée. La croissance d’un pays est calculée en fonction des variations du produit intérieur brut (PIB), donc de l’activité économique interne d’un pays. Le taux de variation du PIB est d’ailleurs appelé taux de croissance, en 2015 il est de 1.1% en France. La croissance, bien qu’elle renvoie stricto-sensu au seul développement économique d’une zone géographique, impacte fortement sur la démographie via l’augmentation du niveau de vie et la diminution de la pauvreté. Les défenseurs de la croissance l’associent souvent à la notion de progrès, estimant que cet unique indicateur doit être un but commun vers lequel devrait logiquement tendre l’ensemble de l’humanité. Un certain nombre de facteurs peuvent néanmoins nuancer les arguments en faveur d’une forte croissance.

La croissance est notamment permise par la production et la circulation de biens à l’intérieur d’un pays, ce qui implique l’exploitation des ressources naturelles, leur transformation et leur circulation. L’impact environnemental de ces différentes opérations n’est pas pris en compte par la notion de croissance : le circuit de la distribution alimentaire « classique » compte de nombreuses étapes, notamment de transport, dont chacune augmente le PIB et requiert l’utilisation de ressources énergétiques fossiles, a contrario un circuit « court » comporte moins d’étapes, impliquant une moindre augmentation du PIB et préservant les ressources fossiles. Ces circuits courts permettent aussi une proximité sociale entre les producteurs-transformateurs et les consommateurs, facilitant et fluidifiant les interactions. Cette simplification des échanges se s’inscrit dans une logique de décroissance.

La décroissance est un mouvement de pensée né dans les années 70 du constat qu’une croissance infinie est impossible dans un environnement fini. La croissance est alors envisagée comme une stratégie nuisible au développement de l’humanité car l’industrialisation (moteur de la croissance) crée des dysfonctionnements économiques, humains et écologiques. Les objecteurs-rices de croissance (ou décroissant-e-s) proposent, comme alternative à une croissante débridée entretenue par un consumérisme avide et au service d’un néo-libéralisme déshumanisé, la simplicité volontaire. Contrairement a une image largement véhiculée de « retour au moyen-âge », il s’agit de choisir une nouvelle définition du progrès : écologique, éthique et démocratique.

Le progrès écologique est lié à un assainissement des moyens de productions ainsi que des modes de consommation, favorisant le durable, le respect du vivant (et de sa diversité), le nécessaire, la mise en commun et le moindre impact environnemental en opposition à l’obsolescence programmée (durée de vie limitée des objets), l’obsolescence induite (grande vitesse de renouvellement des produits), la production de masse (monocultures…) et la surexploitations de ressources (vivantes, minérales, fossiles…).

L’éthique décroissante centre son action sur le vivant dans son ensemble, l’humain étant directement dépendant de son environnement. Les progrès éthiques que propose la décroissance s’applique aussi très largement à tous les rapports sociaux en réduisant la violence symbolique et en faisant disparaître les rapports de domination entretenus par le système néo-libéral, patriarcal et post-colonial. La mise en commun est l’un des mécanismes visibles de cette éthique proposant aussi bien le partage et l’échange avec autrui que le respect de la vie privée des individus.

La démocratie, en son sens véritable de pouvoir décisionnel du peuple, que l’on oppose ici à la république, qui permet aux peuple d’élire les décideurs (souvent au sein d’une oligarchie relativement hermétique), peut être appliquée dans un système décroissant. Le citoyen-ne, volontairement simple, pourrait s’extraire de l’aliénation de l’emploi salarié (moindre travail hebdomadaire, diminutions des pressions envers les chômeurs et les travailleurs précaires, emploi gratifiant…) et devenir acteur-rice de la démocratie, pouvant proposer aux instances représentatives (mandats révocables, sélection par tirage au sort pour une représentation plus fiable…) des initiatives afin d’améliorer les conditions de vie de la communauté (via des référendums d’initiative populaire, pétitions…). La réduction du temps de travail faciliterait l’enrichissement personnel et les échanges culturels, artistiques et scientifiques. L’accès à l’éducation a tout âge et la multiplicité des méthodes d’enseignement (Montessori, éducation populaire, éducation traditionnelle, enseignement de pair-à-pair…) que proposent les décroissant-e-s offrent la possibilité à chacun-e de participer à l’action publique, à l’échelle qu’il souhaite.

Ces différentes approches du progrès tel qu’il est conçu par les objecteur-rice-s de croissance nécessitent d’être débattues et peuvent sans-doute être améliorées, elles ouvrent néanmoins à une conception plus humaniste (voir antispéciste) et écologiquement viable. L’estimation haute des réserves pétrolières estime qu’un taux de croissance mondiale de 2.5% (taux 2016 estimé : 3.4%) nous laisserait encore 30 ans de pétrole. La fin de la croissance semble donc probable au cours des prochaines décennies, les décroissant-e-s proposent des pistes pour s’y préparer et s’adapter en douceur à ce changement plutôt que de le subir de plein fouet.

H.

Sources, pour aller plus loin :

Le FMI craint un « déraillement » de la croissance mondiale in LE MONDE ECONOMIE 19.01.2016 Claire Guélaud

-Accord de Paris COP21

Site de l’Institut d’études économiques et sociale pour la décroissance soutenable

-Film : L’An 01 réalisé par Jacques Doillon et Alain Resnais

-Film : Solutions locales pour un désordre global de Coline Serreau

Manicore

Le terrorisme alimentaire – Vandana Shiva

2 réflexions sur “Vite ! Ralentissons !

  1. y a t-il une confusion entre les objectifs et les conséquences: « L’éthique décroissante centre son action sur le vivant dans son ensemble »/ » disparaître les rapports de domination entretenus par le système néo-libéral, patriarcal et post-colonial »?

    Titou

    J'aime

    • Bonjour Titou,
      L’éthique proposée par les décroissant-e-s a pour objectif, entre autres, de simplifier et fluidifier les rapports humains (notament en faisant disparaitre les rapports de domination) mais aussi plus largement les rapports entre les humains et tout ce qui les entoure.

      H.

      J'aime

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