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Résolutions, Révolutions… Rêves & Solutions ?

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Ce texte est une sorte de manifeste qui naît d’une observation personnelle du monde moderne, c’est pourquoi il jongle entre plusieurs aspects de la vie sociale,  il ne prétend pas dépeindre de manière exhaustive le fonctionnement de l’être humain ni lui dicter son ou ses buts. Plusieurs des thèmes abordés seront développés dans des articles ultérieurs.

Avant d’entrer dans le vif du sujet je tiens à avancer l’hypothèse suivante: peut-être est-ce uniquement affaire de rhétorique, mais je soutiens l’idée qu’il est plus facile et plus sain pour l’esprit de formuler nos objectifs dans un élan positif, c’est-à-dire non pas se dresser contre une cause mais pour une cause qui corresponde à un penchant positif de ce que l’on réprouve. Ne pas formuler des plaintes et des regrets, mais plutôt des espoirs d’accomplissement.

Je ne pense pas qu’il soit utile dans ce texte de s’attaquer une fois de plus de manière directe à la doctrine capitaliste et néo-libérale . Nous en connaissons déjà tous les aspects. Et aussi infâmes que puissent en être les ressorts, rien de bon ne peut advenir d’une rupture totale et brusque; cependant, nous pouvons ensemble cultiver notre réflexion et notre humanité vis à vis des intérêts pervers de notre système économique et des conséquences sociales qui en découlent, alors nous serons capables d’envisager autre chose que de simples pansements aux seuls problèmes qui parviennent à nos yeux et à nos oreilles, mais bien une redéfinition profonde de ce que représente la vie en société et de notre manière de considérer notre rapport à autrui.

Encore en novembre et décembre derniers nous avons eu, exposés sous nos yeux, les tendances auto-destructrices de notre système économique, à l’échelle même de notre planète. Et ce n’est pas tant la COP21 qui m’a interpellé, ce sont les mouvements activistes, et les esprits d’analyse qui à cette occasion ont tenté de nous informer et de de répandre leurs messages à grande échelle (écologistes, humanistes, anti-capitalistes). Car eux savaient que ce sommet organisé par les grandes puissances n’étaient qu’écran de fumée, lorsque par exemple à la même période les accords TAFTA continuaient d’être négociés, difficile de rendre crédible cet engouement écologique.

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La ZAC (Zone d’Action pour le Climat) du 7 au 11 décembre 2015, 5 jours consécutifs de débats et d’information sur l’environnement, l’économie mondiale, et les grandes puissances.

Cette vague de conscience et d’envie de changement s’est vue endiguée et neutralisée d’une des manières les plus violentes, physiquement mais aussi symboliquement parlant. Les mesures mises en place par l’Etat d’urgence ont trouvé leur utilité dans la répression des voix qui auraient pu éveiller les esprits. Cela nous a clairement démontré que nos dirigeants ne partageaient pas nos intérêts, mais encore une fois, nous le savions déjà. Toutes les magouilles sont cachées sous nos yeux et nous n’en avions que faire… Sous nos yeux car rien n’échappe aux médias, mais cachées parce que niées par les décideurs, ceux-là mêmes qui sont censés nous représenter.

Et nous jouions le jeu…

Les « grands médias » jouent un rôle important dans l’inertie intellectuelle collective de notre époque. Ils diffusent tout et son contraire, invalidant n’importe quelle information subversive ou susceptible d’éveiller un esprit critique. Et en dernier recours bien sûr, la censure. “La liberté de la presse” n’est autre que la liberté de servir un système de profit et d’intérêts de classe (un peu de marxisme appliqué ne fait pas de mal) .

Et nous jouions le jeu. Car rien de cela n’est nouveau. Nous l’entendons tous les jours, nous sommes en grande partie révoltés par des pratiques si peu honnêtes, mais nous ne savons pas comment agir, à l’échelle individuelle nos moyens d’action nous semblent infimes et sans réelle portée.

Aujourd’hui, la forte mobilisation contre le nouveau projet de loi du travail a permis d’accentuer encore plus ce clivage entre les dirigeants et le peuple, et a ainsi commencé à ébranler ce mensonge confortable pour certains. Mais si nous voulons réellement aller plus loin et dépasser cette boucle infernale de la domination de nos vies et de nos idéaux par une minorité, il nous faut retrousser les manches de notre raison et s’atteler à la tâche de réfléchir, nous mêmes, ensemble, notre liberté. J’aimerais abattre le mur de l’individualisme qui se dresse devant l’initiative collective, et que nous avons laissé grandir. Et ainsi éveiller en chacun la notion de valeurs humaines, non pas à coups de grands philosophes et d’histoire des nations, mais en mettant en avant le ressenti, la réflexion et l’empathie.

Plutôt que de se fier aux autres ou même à nos propres sens, nous avons souvent besoin d’une vérité “officielle” pour voir et comprendre le monde, et cette vérité n’est acceptable que si elle affirme que le système qui nous a créé et qui nous fait vivre est bien stable et viable, que ses défaillances quelles qu’elles soient n’ont besoin que de temps pour être rectifiées. Autrement dit, pour vivre le monde dans lequel nous vivons sans constamment le remettre en question, nous sommes inconsciemment convaincus que son fonctionnement et son évolution résonnent sur un certain plan avec une forme de morale ou d’ordre des choses. Particulièrement lorsque l’on porte toujours une confiance aveugle envers les dirigeants mondiaux, quand nous sommes persuadés que par leur statut ils incarnent avant tout les intérêts du peuple, que leur position de grande influence va de pair avec un dévouement total et une honnêteté sans pareil. C’est une forme de croyance, comparable à la foi religieuse: en croyant, nous n’avons pas besoin de nous soucier.

Nous ne voyons pas par exemple que la corruption est un effet secondaire du pouvoir, que le système tel qu’il est aujourd’hui peut transformer n’importe quelle bonne volonté en pantin de bois à partir du moment où l’individu gravit les échelons du pouvoir.

Ce sur quoi j’aimerais nous mettre en garde ce sont les formes de l’individualisme qui prône un repli sur sa propre personne pour se préserver des maux du monde extérieur. Bien que dans notre contexte actuel il puisse être assimilé à un réflexe de survie sociale, il est aussi garant du désintérêt de la vie sociale, du désintérêt de l’autre en tant qu’étranger à soi. Nous ne nous aimons pas assez pour voir l’avenir à travers les yeux d’autrui. Nous sommes déjà convaincus d’avoir chacun suffisamment de maux personnels pour en plus se soucier de la vie des autres. De fil en aiguille que ce sentiment semble être devenu un sentiment commun dans notre société, et qu’il s’est ancré de plus en plus profondément chez ses victimes, nous avons laissé glisser de nos mains notre potentiel communautaire. Hormis en période de loisir, la plupart des interactions que nous avons avec autrui ne sont que formelles, utilitaires, fonctionnelles, dénuées d’humanité… Pourtant qui n’apprécie pas d’avoir affaire à un sourire ?

Selon moi ce dont nous aurions besoin pour ne pas laisser se répandre le repli individualiste, ce serait la redéfinition de certains concepts qui façonnent notre vision morale du monde. Car le langage est l’unique support qui nous permette d’appréhender notre réalité sociale, autant le connaître et le maîtriser, voir l’inventer. Nous pourrions prendre comme exemple parmi une multitude d’autres la responsabilité et la culpabilité individuelles: ils sont les outils pratiques de l’inaction.

Dans notre monde, le principe de hiérarchie dans l’organisation sociale de la prise de décisions politiques et économiques est fortement soutenu par la notion de responsabilité, et de même, la manière de considérer un acte répréhensible est empreinte de la notion de culpabilité. L’un comme l’autre fait partie de nos vies. Le politique opère des choix qui nous conditionnent, les délits nous atteignent, au moins psychiquement . Pourtant “responsabilité” et “culpabilité” prennent dans la bouche de certains de nous une sonorité stridente, qui témoigne d’un manque de considération et d’implication dans notre société, les mots deviennent des étiquettes qui font s’effacer le lien qui existe entre le responsable et ses subalternes, entre le coupable et ses victimes, etc. On observe un paradoxe qui est tout aussi puissant qu’incompréhensible: lorsque nos responsables échouent à la tâche qui leur a été incombé, nous nous désintéressons de cet échec sous prétexte que la responsabilité en revient à la personne désignée, même si les conséquences de la mauvaise prise de décision nous contraignent tous et servent les intérêts des responsables. Personne n’est-il responsable des responsables ou devrions-nous être tous responsables de nos responsables?

Nous réprouvons l’attitude de nos responsables, mais nous ne voulons pas être responsables d’une quelconque réflexion pour le changement. Nous nous raccrochons alors à des concepts flous qui nous donnent un sentiment de stabilité sociale. Car nous avons au-dessus de nous ces grandes instances qui nous dispensent de réfléchir sur la dimension morale des actions des individus et des organisations dans la société. Aujourd’hui nous avons tellement de règles et de lois, de lois construites sur des règles ainsi que des règles conditionnant les lois, que nous n’avons même pas idée de ce que peuvent signifier la justice, la liberté, le droit , en dehors de leurs cadres administratifs bien délimités. Qu’est-ce que la justice humainement parlant? Qu’est-ce que le droit humainement parlant? etc. Peut-être que cela n’a même aucun sens que de se poser la question, mais en l’absence de crédit envers ceux qui sont censés nous dicter la morale, nous nous trouvons dans la nécessité de fonder notre propre morale. Le risque étant que les personnes s’épanouissant dans un monde régi par l’intérêt personnel prennent avantage des règles bancales et lacunaires indépendamment du mal qui peut être infligé aux autres.

Bien heureusement nous ne sommes pas des ignorants. L’Ecole nous a bien appris que toutes ces lois sont garantes de droits humains universels acquis lors de la victoire de la liberté contre l’oppression d’un quelconque système archaïque, et qu’ils représentent à présent les grandes valeurs de la République et de la Démocratie. Mais cela fait très longtemps que ces concepts sont figés dans nos livres d’histoire, comme s’ils étaient définitivement acquis et non-aliénables. Notre monde change (et de plus en plus vite si l’on peut dire) et que nos lois changent, et cela fait très longtemps que l’on apprend à brandir fièrement en France “Liberté, Egalité, Fraternité”… simple slogan apparemment, car il n’y a jamais qu’à l’école ou dans un contexte de contestation du pouvoir en place que je n’aie pu entendre ces mots prononcés avec autant de conviction et de sens. Ils perdent leur essence première une fois que nous sommes confrontés à notre réalité politique, économique et sociale.

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« Bon les gars ça y est je peux le poser le drapeau, non? Je commence à avoir mal au bras là… »

Il est forcément utile de garder en mémoire la genèse et l’évolution historique de valeurs humaines dans notre société, mais il est préférable que nous apprenions en plus à les redéfinir et à les cultiver d’une manière adéquate à notre monde d’aujourd’hui.

 Car ce n’est pas l’histoire enseignée de cette manière qui peut nous apprendre comment vivre ensemble. Ce n’est pas l’histoire enseignée de cette manière qui peut nous fournir les clés aux nombreux problèmes d’identité et de culture qui jonchent le monde aujourd’hui. Ce n’est pas l’histoire qui peut nous révéler le potentiel encore jeune et peu connu des nouvelles technologies et de l’information. Ce n’est pas l’histoire qui fonde le monde de demain, elle ne fait qu’en donner les matériaux. C’est à nous d’en faire ce que l’on veut. Mais il faut que nous voulions nous prendre en main, il faut que nous apprenions à nous vouloir du bien.

J’aimerais que l’on puisse retrouver une vision d’enfant sur ce qui constitue une vie agréable, voire saine.  En tant qu’adultes ou jeunes intégrés dans la société, côtoyant progressivement et de plus en plus la vie active, en proie au monde économique, nous n’avons pas les idées claires sur ce qui nous est essentiel pour une vie heureuse, nous confondons sans cesse avec ce qui nous est imposé de faire pour pouvoir accéder à ces ressources.

J’aimerais que l’on puisse considérer l’autre comme un être humain semblable à soi avant même de rentrer dans des considérations de classe sociale, de métier, de revenu. Aussi différents que nous puissions être dans nos opinions et nos manières de vivre, nous pouvons tous ressentir la même gamme de sentiments, du plus formidable au plus insoutenable.

Le manque d’information nous conforte dans l’idée que nous sommes seuls contre tous. Dans un monde ou nous ne nous connectons qu’à ceux avec qui nous avons déjà reconnu des affinités, nous supposons que l’Inconnu ne pense pas, qu’il est “comme tous ces moutons qui suivent le troupeau”. Pourtant nous sommes le troupeau, mais lorsque nous le désignons comme tel, nous nous en dissocions constamment. Jamais nous n’avons admis le fait de suivre sans réfléchir. Alors pourquoi l’Inconnu ferait-il de même? Nous rejetons la frustration de ne pas arriver à nos fins sur le dos de ceux que nous ne connaissons pas, et nous ignorons ainsi tout ce qui fait écho à nos idées chez ceux que nous ne connaissons pas.

L’inconnu à partir du moment où il n’est plus un inconnu, cesse par la même d’être un simple mouton.

Le fatalisme n’est pas le pire point de vue que nous soyons capables d’adopter. Car fatalement, il ne laisse de place qu’à l’amélioration. Lorsque nous y cédons ce qu’il nous manque c’est la croyance en la possibilité d’un changement, et souvent cette croyance vient du sentiment de solitude face à nos propres idées. Les idées qui seraient d’autant plus compliquées à faire plier sont celles qui nous font nous complaire dans la concurrence, dans la confrontation avec autrui. Dans le fait que l’on n’aimerait pas tant gagner s’il n’y avait pas de perdant. Ces logiques là  me semblent pertinentes dans le cadre du jeu en tant que loisir par exemple, mais lorsqu’elles sont tellement répandues et assimilées qu’elles déterminent les conditions de vie d’une multitude d’êtres humains, alors peut-être deviennent-elles discutables.

La pensée la plus néfaste selon moi est de prétendre que l’individualisme relève d’une nature humaine et universelle immuable, en invoquant la survie à tout prix et la loi du plus fort. Pourquoi lorsque l’on envisage le progrès, l’idée de l’humain qui aurait surmonté sa nature – bien souvent “nature sauvage” – est parfaitement accueillie, alors que lorsqu’il s’agit de prendre en compte et de respecter son prochain, l’argument inverse fait surface? L’un comme l’autre ne sont que des métaphores qui servent à simplifier la complexité de l’humain et de son évolution. Elles ne sont en rien des justifications ni des preuves scientifiques qui nous donnent le champs libre sur nos actions.

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Mowgli est bien triste: Chaque fois qu’ils jouent avec lui, ses amis de la jungle finissent toujours par essayer de le manger…

Nous nous désintéressons du collectif parce qu’on suppose que le collectif se désintéresse de nous. Il est bon de savoir que ce mécanisme fonctionne aussi dans le sens inverse,

Nous avons développé des organismes qui permettent de prendre en charge les plus faibles et socialement inadaptés mais nous portons sur l’assistance et la dépendance un regard réprobateur.

Nous produisons et avons les moyens de produire suffisamment de ressources alimentaires pour les populations les plus démunies mais estimons que nous n’avons jamais assez.

Nous avons les connaissances et les moyens suffisants pour permettre aux pays que nous considérons comme “sous-développés” de cultiver les connaissances nécessaires à leur développement autonome et indépendant, mais nous les gardons dans la misère. 

Il y a tant à réfléchir et à redéfinir, les actions font peut-être le monde, mais les idées font les actions, alors n’hésitons pas à penser et à réfléchir des valeurs communes et humaines. Si je rêvais d’une révolution, ce serait de celle qui s’opérera dans le cœur et dans la tête de chacun de nous, lorsque nous aurons enfin compris que notre bien-être personnel dépend forcément de celui des autres. Alors nous pourrons accomplir ensemble des prouesses humaines que nous ne sommes même pas encore capables d’imaginer. L’effort requis est encore considérable, mais nous verrons que plus nous serons à chercher le bien pour autrui, plus il sera facile de le trouver.

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