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Terroristes et policiers : une affaire de légitimité

Aujourd’hui est le premier jour où j’ai eu peur des force de l’ordre. Les policiers ont souvent provoqué chez moi un sentiment d’insécurité juridique et d’injustice, par sa répression à l’égard du cannabis. Mais lors de cette manifestation du 24 mars à Paris contre la nouvelle réforme du code du travail, j’ai eu peur pour ma santé physique, de me faire violenter au sens propre ; non pas la violence psychologique d’un interrogatoire ou d’une accusation, mais celle qui peut briser une jambe, un cou, un corps. Prise dans un tempête d’adrénaline, j’ai couru. Courir en regardant derrière soi, pour voir si l’on est poursuivi par quelqu’un qui veut nous faire mal, c’est quelque chose que je n’avais jamais vécu. C’est aujourd’hui la force de l’ordre, concrète et personnifiée, que j’ai eu devant les yeux, cette force légitime et globalement acceptée. Je n’ai assurément pas le recul temporel nécessaire pour écrire sur les violences policières, ayant vécu un événement apportant la preuve de ces actes avant d’écrire ces lignes, mais je tenterai ici d’analyser cette peur provoquée par la violence légitime de l’ordre en place.

Cet ordre, nous le respectons tous à notre manière : nous réinterprétons les normes et les lois, pour conclure une sorte d’arrangement social, nous permettant de pouvoir exercer certains choix qui font de nous des êtres uniques et subjectifs. Cependant, il semblerait que cet ordre ait besoin de se faire respecter, à la manière d’une force autonome : par « les forces de l’ordre », comme nous les appelons communément, à savoir la police et la gendarmerie, l’ordre se protège : soit au profit des citoyens, soit au profit d’autres affaires. L’ordre, nous le savons, EST la société. Il est la condition du vivre ensemble, indispensable à toute entreprise humaine, car il maintient le lien social. Bien qu’il puisse se transformer en désordre 1, il ne disparaît pas : l’ordre et le désordre sont deux faces d’une même réalité, à savoir la société dans son ensemble. Jusqu’où l’ordre va-t-il donc se défendre pour lutter contre sa face cachée ? Jusqu’à étouffer par ses lacrymogènes, briser des os, supprimer des vies ? Quel crime peut-il être passible d’une peine aussi lourde ? Avant l’abolition de la peine de mort, le meurtre méritait sanction égale. Or, d’une part, cette époque est révolue depuis 1981, et d’autre part, les êtres humains en question ici sont des manifestants courant dans la rue, poussés par l’euphorie du mouvement, ou dans le pire des cas, s’en prenant à des biens matériels. Ces actes ne sont assurément pas un motif suffisant pour la violence physique, si tant est qu’il existe pour elle un motif valable. La question est donc : qui légitime cette violence ? Le président, les citoyens, ou encore les forces de l’ordre elles-mêmes ? Cela reviendrait à penser que cette force est autonome, or elle ne l’est pas. Elle est bel bien commandée par une instance, quelque chose qui nous échappe par son invisibilité.

Force légitime, nous pouvons donc nous poser la question. Je garantis aujourd’hui que cette violence n’a pour moi aucune légitimité d’existence, que la force de l’ordre n’a pas besoin de spires, de robots n’ayant aucun libre choix d’interprétation de cet ordre. Pour faire une comparaison très violente et très polémique : la terreur, dont le mot terrorisme est inspiré, est appliquée sur la masse par une minorité voulant faire respecter son ordre en dépit de ceux qui assument cet ordre (les citoyens). La peur de se voir atteindre sa personne physique, c’est de la terreur. Nous vivons aujourd’hui un climat menaçant à tout instant notre existence : la mitraillette, le fusil d’assaut, la bombe, sont certes des armes qui ne laissent que très rarement la vie sauve. Mais je ne parlerais pas ici de degrés d’atteinte à la personne physique, bien que cette question mériterait un approfondissement. Étant donné que j’évoque le mot terreur dans sa globalité, je peux ici imaginer la force de l’ordre d’un autre point de vue : celui des groupes terroristes, légitimant un ordre dont seule une minorité d’individus en perçoit les intérêts. Dès lors, une autre question émerge : qui est satisfait de l’ordre en place aujourd’hui, en France, ce 24 mars ? Pour cela il faudrait définir cet ordre : je me placerais donc du côté de ceux qui le font respecter, plutôt que de nous laisser le respecter. Quels sont leurs critères de respect de l’ordre sinon la loi ? Il semblerait qu’aujourd’hui la loi proscrive toute violence physique. Si, dès lors, les êtres humains censés faire régner l’ordre ne le respectent pas eux-même, y-a-t-il réellement légitimité ? Si nous voulons allez plus loin, nous pouvons nous demander quel est le but final de cette terreur. Il faudrait donc parler de domination, de rapports de force et de classes sociales. Ces concepts ne sont pas nouveaux, car ils sont témoins des traces laissés par de nombreuses révolutions. Nous sommes aujourd’hui à un carrefour entre plusieurs choix, les décisions prises « en haut » affectant de plus en plus notre quotidien. L’ordre a vocation à être révolu lorsqu’il entre en contradiction avec nos expériences et nos perceptions du monde : il est donc temps de combattre pour ses droits, pour la vie libre et autonome de chaque être humain.

1 Georges Balandier, Le désordre. Éloge du mouvement.

Sur la désobéissance civile en France (voir l’article 35 de la constitution) : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »

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