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La récupération identitaire

L’être humain, vivant avec ses semblables, se confrontant à l’autre par la mondialisation, se construit une identité par rapport à cette altérité : c’est la condition de son existence. Identifier, c’est être. Les identités ne sont pas figées, elles peuvent changer dans le temps et dans l’espace : bien qu’étant toujours la même personne physique, je ne m’identifie pas de la même façon selon le lieu où je me trouve, les personnes avec qui je suis, et l’époque à un âge donné. Ainsi, les affinités identitaires sont dynamiques, dans une constante remise en question. Ces processus de perception de soi et des autres ne sont pas nouveaux, ils existent depuis les débuts de la société humaine, dans toute sa pluralité culturelle. Pour s’inscrire socialement, l’individu affirme son existence par l’appropriation des catégories sociales toujours mouvantes dans son esprit : la récupération de faits culturels comme la religion ou la politique, permet à un individu seul de s’inscrire dans un groupe, cette appartenance étant nécessaire à sa survie dans la société. Nous ne pouvons pas vivre seuls. Il en va de même avec l’art, le mode vie, le milieu professionnel, qui sont autant de faits socio-culturels faisant appel aux affinités entre individus et excluent, de ce fait, les autres. Ces affinités se croisent, s’entre-mêlent, dans une multitude de parcours individuels et collectifs. L’expérience vécue et la logique qui l’accompagne poussent les individus vers certaines directions identitaires et leurs enjeux spécifiques, construisant un monde de relations d’inter-identités.

La distinction de l’altérité est donc une nécessité, en ce qu’elle fait exister les deux parties : je me différencie de l’Autre donc je le reconnais comme étant autre que moi-même, ayant sa propre existence. Ce qui est pathologique en revanche c’est le fait de nier l’Autre, de lui attribuer une existence illégitime : nous avons pu observer à l’échelle mondiale des phénomènes d’extermination de population sous l’excuse identitaire (Rwanda, Allemagne, Turquie, Serbie… pour n’en citer que quelques-uns), qui nous prouvent à quel point il est dangereux d’essentialiser une identité. L’essentialisme revient à renier l’histoire d’une identité, de la détacher du contexte social dans lequel elle s’est construite. L’identité surpasse ici l’individu, elle le domine et se fige dans l’espace-temps : nous retrouvons cette tendance dans les propos de certaines figures politiques qui soutiennent que la France est un pays de « race blanche », ou encore dans certains discours de revendications ethniques qui prétendent appartenir à un patrimoine légitime par la religion. L’absence de relations inter-identitaires est donc le danger majeur de ces milieux extrémistes : la négation de l’Autre est le résultat d’un enfermement dans des limites identitaires, imaginées et définies dans le but d’exclure l’Autre sans le faire exister. L’identité n’est plus multiple, elle est essentialisée dans ces formes les plus extrêmes. Ce besoin d’extrême est propre à une époque de conflits et de confusions : pour ne pas se perdre, l’individu s’affirme par tous les moyens possibles mis à sa disposition dans le monde social. Quitte à écraser les autres, il survit grâce à cette domination de l’identité. Voilà un beau paradoxe que d’être dominé par soi-même. Lorsque l’identité se ferme, elle enferme du même coup l’individu et le condamne à être son propre esclave. La question aujourd’hui n’est pas comment on en est arrivé là mais plutôt comment ne pas en arriver là ? Les événements médiatiques, les tensions du quotidien, l’impression d’impuissance politique, poussent les personnes les plus fragiles à se radicaliser dans leur identification par rapport au monde. Il faut donc trouver ce qui nous rassemble, plutôt que ce qui nous exclue les uns les autres.

L’identité d’un individu croise celles de tous ses congénères par la pluralité des affinités, cette pluralité pouvant permettre de trouver au moins une affinité avec la personne qui se trouve en face de soi. L’identité exclue, mais elle rassemble aussi. Pourquoi ne pas se baser sur ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous distingue ? Est-ce une fatalité chez l’être humain ? Il est possible de trouver un point commun entre toutes ses récupérations identitaires : elle font exister l’être humain, qui est aujourd’hui menacé par une entité multiforme : la bureaucratie capitaliste qui gangrène la politique et nous soumets à ses règles. Voici le point commun entre extrême gauche, extrême droite, catholiques, musulmans, athées, jeunes, vieux, travailleurs, chômeurs… Servons-nous de cette diversité pour créer ensemble un nouvel ordre.

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