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Du gravier dans les rouages : désordre et système

« La crise n’est plus seulement perçue à partir du dysfonctionnement, elle est aussi reconnue en tant qu’épreuve affectant la capacité du système et des acteurs à se définir, à s’organiser en quelque sorte par auto-connaissance. » Georges Balandier dans Le désordre. Éloge du mouvement.

Nous cherchons à relâcher nos tensions. Celles-ci sont le résultats du système, cette création humaine qui nous lie les uns aux autres par nos passions, nos croyances, nos ambitions… Qu’est-ce que le système ? C’est un dieu, qui nous gouverne tous, sans exception. Une machine qui nous dépasse, certes, mais avant tout une création de notre propre espèce. Le système est mondial, national, local. Nous pouvons donc, théoriquement, pouvoir agir dessus. Or, comme nous le rappelle chaque jour l’univers administratif, nous n’avons que certains choix à faire, dans le sens du système, selon ses codes. Le système, dans le sens où je l’entends ici, est le résultat global de notre monde capitaliste. Ainsi, plus le point de vue est global, plus le poids du système se fait sentir : nous pouvons le voir, par exemple, lorsqu’un événement médiatique soulève certaines questions sur notre monde actuel. Notre sens « logique » s’exalte, mais qu’en est-il de la pratique du quotidien ? Le point de vue local s’oppose au système en nous rendant vivant par la pratique concrète de l’action. Cette pratique, peut servir ou non notre système, là n’est pas l’important. Chaque être humain est traversé de ses propres doutes, qui le font avancer dans l’histoire. Les différentes marges de manœuvres nous sont imposés ; seul le hasard, l’imprévu, peut faire émerger l’avenir du possible.

Georges Balandier décrit le désordre de toute société comme ancré dans son sein même, à l’ombre de nos normes, tel un fantôme titillant notre patience : à tout moment, il nous rappelle que nous ne sommes pas des machines. Le désordre est une relation au monde, tel un doute encadrant nos vies sociales. Il est ancré dans le système, se révélant chaque jour dans nos cœurs de vivants ; le désordre c’est nous. L’humanité est un désordre, dans son rapport à l’ordre naturel et dans son rapport à l’ordre du capital. Elle agit sur tout, révolutionne ses manières de vivre, de croire, et d’observer. La perception de ce qui nous entoure déchaîne des passions, des accès de dégoût ou de romantisme enfouis à l’intérieur de chacun. Mais ça n’est pas nos émotions qui nous gouvernent, c’est l’accès à l’ensemble qui domine. La science, qu’elle soit politique, sociale, économique ou historique, contribue à notre développement par une remise en question permanente, en même temps qu’elle nous dirige : elle exerce une pression sur les consciences et sur les réalités du système. La personne du scientifique est donc marquée par un rapport englobant au monde : en regardant l’ensemble du système, nous pouvons voir ce que le sens pratique rend invisible. La démocratisation de la science, l’accès à l’ensemble par des relais d’informations, notamment grâce aux nouvelles communications, nous permet d’avoir un rapport à l’ensemble, sans pour autant que l’on puisse s’en détacher, aussi déséquilibré soit-il. Nous en avons tous conscience, mais nous ne pouvons rien y faire, du moins de façon globale. En effet, il semble presque romantique de croire que la France vivra une autre révolution citadine dans les prochaines années, tant le système nous a rendu dépendant de son « bon » fonctionnement.

J’aurai tendance à dire que tout est joué, mais je ne peux pas anéantir l’espoir qui me traverse lorsque le point de vue sensoriel et pratique refait surface. La vision d’ensemble que nous nourrissons chaque jour grâce à la science me déprime littéralement, jusque dans mon rapport au quotidien. Là est le paradoxe. C’est dans le local que se situe la contradiction qui nous mènera vers l’émancipation. La vie locale, pratique, est la réalité du système global théorique. Il y a un gravier dans les rouages du système, un sentiment coincé à l’intérieur d’un ensemble sceptique. La conscience que nous avons du système est le premier pas vers son existence réelle, et donc vers sa fin. L’invisible devient visible tout les jours, il hante nos représentations par les médias. La faille qui mènera vers de meilleurs avenirs est locale, en ce qu’elle permet de s’élever. Elle est spirituelle, elle nous rappelle qu’il existe encore de la beauté dans ce monde. Pas de Révolution Française II donc, mais quelque chose d’encore plus puissant. Je ne prétend pas avoir découvert le sens de la vie, mais le système tel que nous le connaissons arrive à son expiration, et il n’appartient qu’à chacun de choisir la suite de l’histoire : conquérir le monde par l’intérieur, en s’élevant grâce aux initiatives locales guidées par le sens et le partage, où tenter tant bien que mal de participer à une guerre de pouvoir parmi les experts, les administrations et les multinationales. Il ne tient qu’à nous de commencer à écrire notre histoire, et de laisser le capitalisme crever une bonne fois pour toute.

Pourquoi s’émanciper ? La sociologue Saskia Sassen nous l’explique dans l’article « Notre système économique n’incorpore plus mais expulse » sur le site Libération (lien vers l’article)

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